Levez le voile !

Un poème d’une amie Beyrouthine, musulmane, engagée, drôle, chaleureuse. Son nom est Farah I. Abdel Sater.

Levez le voile
Qui vous bande les yeux
C’est un monde de mal !
C’est un monde affreux !
Levez le voile,
Et ne jugez pas le mien !
Je ne suis pas sale
Si je crois à un autre divin !

J’ai le poids des mots
Je viens de perdre mon petit
Dites, c’est quoi votre fardeau ?
Taxes et RMI ?
Excusez mes préjugés
Mais on nous tue ici !
On vient nous effacer !
Défense de répondre aussi !?
Et moi j’ai envie…
De taper sur des tonneaux
Sur des pianos
Sur son tombeau
Sur le rouge des eaux
Arrosé
Du sang des milliers
Mourant sous les balles

Alors levez le voile !

Dans ma valise…

La fin de l’été approche, je vais bientôt quitter Beyrouth pour Strasbourg. Petit tour dans les bagages, outre les bons souvenirs que rapporter de ce pays fou fou fou ?

- Des accessoires à chichah pour les copains fumeurs, c’est résolument moins cher qu’en Alsace.

- Des kilos en plus, encore…mais aussi un ras-le-bol des fallafel et du pain tout plat là…lé où ma baguette ???

- Le réflexe d’ajouter de la menthe, partout, tout le temps. Parce que ça donne du goût et ça rafraîchit n’importe quoi.

- Des cartouches de cigarette, c’est carrément bon marché ici. Mais je suis toujours membre du club Pataclop. Donc ce sera cadeau.

- Un coup de cœur pour la maison d’édition Dar Al Saqi, née à Londres et qui propose des titres différents et originaux, d’auteurs arabes notamment.

- De l’encens qu’on m’a offert au Couvent de la Lune à Deir El Qamar

- L’envie de découvrir encore et encore les jeunes auteurs libanais, notamment la prometteuse Sahar Mandour, dont le dernier roman Un amour beyrouthin n’est toujours pas traduit en Français.

- Du savon au cèdre et au miel, le premier de Tripoli, le second de Saïda

- Une haine profonde de « la guerre », mais aussi une meilleure compréhension de ses mécanismes. Et l’impression désagréable qu’elle ne disparaîtra jamais.

- Beaucoup beaucoup de musique, Radio Liban m’a ouvert les oreilles. Du neuf et du vieux. En vrac, coup de cœur pour Yas et son album produit par Mirwais, Orson, Aziz Maraka, Creedance Clearwater Revival, les Stones en long en large et en travers, Ryskee, Mashoura Leïla, les Gossip, Patti Smith, Metric, BB King, Amanda Blank, Brassens….

- L’habitude de rouler à 200 à l’heure et de ne respecter aucune signalisation. Ca ne va pas me changer fondamentalement.

- Quelques bijoux, boucles d’oreilles surtout, on ne me changera pas.

- Le regret et même la honte de ne pas avoir appris l’arabe. Mais aussi la certitude que cela nécessite un temps à part, trois mois de cours intensifs par exemple. Appel aux dons non dissimulé.

- Des épices, notamment un mélange local de sept sortes différentes, à mettre à toutes les sauces, notamment celles qui accompagnent la viande.

- L’envie de dévorer tous les ouvrages de la collection Sinbad, chez Actes Sud

- Des pétales de roses à mettre dans mon bain. Souvenir d’une belle soirée…parmi tant d’autres J

- Un amour fou pour le dessin d’auteur –notamment Mazen Kerbaj- et la nouvelle scène de la bande dessinée –lisez la revue Samandal !- .

- Une folle envie de manger des légumes, du fromage qui pue, reprendre le sport, voir de l’herbe verte, de la pluie, de fréquenter des cafés non fumeurs et avoir une connexion Internet digne de ce nom.

- Un excellent bouquin d’Amin Maalouf « Les croisades vues par les arabes ». Le titre est assez explicite. On y parle beaucoup de guerre, mais aussi d’enjeux de civilisation. C’est surprenant, enjoué, drôle. Maalouf se base entre autres, sur les écrits des historiens de l’époque, d’où une précision remarquable et des anecdotes savoureuses.

- Une passion inexpliquée pour la danse du ventre. Cf le film « Whatever Lola wants ».

- La conviction que je ne comprendrais jamais complètement « l’Orient » compliqué, parce qu’il est si divers, complexe. Le Liban n’est que la porte relativement occidentalisée de ce monde très différent, énervant par moments, mais extrêmement attachant et chaleureux.

Beyrouth, la Sin City du Moyen-Orient ?

Ce n’est pas moi qui le dit, mais l’AFP, citée par L’Orient-Le Jour, LE quotidien libanais francophone.

Avant-hier un article (rubrique « Ici et ailleurs », fourre-tout quoi) décrit les nuits blanches beyrouthines : « beach parties, grandes soirées délirantes animées par des jet-setteuses comme Paris Hilton ». Ce n’est pas faux, même David et Cathy Guetta on fait le détour. Wou. Je sens que vous brûlez de jalousie. Je vous rassure tout de suite, je ne suis pas allée à leur « Fuck me I’m famous » party. M’enfin. Par contre j’ai entendu dire qu’à l’entrée, le voile y était interdit. Hmmmm….videur mal luné, ou réelles consignes ? J’ignore de le savoir comme diraient les Inconnus. Mais en tout cas c’est plutôt déplacé dans un pays où l’Islam serait la religion majoritaire (NB : il n’existe pas de statistiques officielles récentes, les dernières datent de 1932, les chrétiens étaient alors les plus nombreux. Mais leur taux de natalité étant inférieur à celui des musulmans, la situation a forcément changé).

Anyway, il paraît que Beyrouth serait en train de gagner la réputation de « capitale de la fête et de tous les excès ».

Il est vrai que la capitale libanaise déborde de bars, boîtes, restaus. La nightlife est un mode de vie à part, une culture locale. Cela dit, Beyrouth n’est pas immense, et il y a surtout trois ou quatre quartiers « branchés ». Testé pour vous : Hamra. C’est un peu le vieux centre. Disons que la plupart des immeubles datent des années 60, ce qui pour un pays ravagé par deux guerres (75-90 et 2006) est relativement ancien.

Hamra, j’y habite, je m’y sens plutôt bien. C’est le quartier des petits restaurants tranquilles, et des bars-lounge avec connexion internet où se retrouvent artistes, étudiants, gens de passage. On se connecte autour d’un café, on blogue, on y passe une heure ou deux, ou plus au plus chaud de la journée, pour travailler sur un projet, papoter à loisir, bouquiner…LE lieu incontournable : le Café Prague où les livres et les journaux sont en libre service, comme au Tamarbouta, d’ailleurs.
A Downtown pullulent les bars branchés hors de prix. Il faut y réserver sa place longtemps à l’avance. C’est 20$ JUSTE pour s’assurer d’avoir une table. Le prix des consommations est « destiné » aux touristes –notamment du Golfe-, aux Libanais de la diaspora ou des upper class…ici comme le précise l’article, « le prix d’une bouteille de champagne dans certaines boîtes peut atteindre 15 000 dollars ». J’aurais aimé tester ces lieux pour vous, mais je n’en ai pas les moyens. Parce qu’évidemment il faut aussi la tenue qui va avec la bouteille. Et je refuse les invitations des libanais rencontrés en soirée…qui ouvrent facilement le porte-monnaie mais attendent toujours quelque chose en retour.

Beyrouth, capitale moyenorientale de la nightlife...pas du pêché.

Beyrouth, capitale moyenorientale de la nightlife...pas du pêché.

Ensuite il y a Gemmayzé.  THE quartier couru et branché de la jeunesse, un peu plus moins cher qu’ailleurs, Iil est vrai. Mais qu’est-ce que Gémmayzé ? Une rue. La seule qui ait à peu près survécu à la guerre civile et qui comporte donc quelques maisons datant effectivement du mandat français. Dans cette rue, une succession de bars & restaurants. Lounge, pubs, branchés, rocks, il y a de tout. C’est la rue de la Roquette dans le 11ème, les voitures en plus. Je trouve ce quartier décidemment surfait. On s’y met sur son 31 pour boire une bière. Pas de quoi fouetter un chat.

Enfin il y a Monnot, ou bars et restaurants plutôt classieux se succèdent. Prévoyez au minimum 60 euros pour la soirée complète. Décoration branchée, théâtre, c’est un lieu culturel et hype. Très hype. Agréable cependant : le café Salamanki, ancien café turc, qui propose d’excellentes limonades glacées et une déco rétro qui n’est pas sans rappeler L’Epicerie, à Strasbourg, la touche orientale en plus.

Bref, il y a l’embarras du choix, dans les bars, mais pas forcément dans les boissons. En bière, ce sera Almaza, le breuvage locale et puis voilà. Pour trouver du Rhum, c’est un autre aventure. Et comme ailleurs, les boîtes aux concepts différents ou intéressants sont inabordables au quidam de base. Il est vrai que Beyrouth danse toute la nuit, et qu’il est possible de manger à tout lieu à toute heure, une différence notable avec la France. Pas de quoi en faire une capitale du pêché…Enfin, le mieux, c’est quand même de venir vous faire votre propre avis, non ?

Dans la jungle des villes

« Beyrouth est une femme « violée », défigurée par la guerre et les conflits, mais tellement belle parce que justement elle a surmonté toutes ces horreurs et reste pleine d’humanité ». C’est ce que nous expliquait Alexandre Najjar que nous avons rencontré pour une de nos émissions. Il est vrai que dans la capitale libanaise, le béton domine, et les immeubles éventrés, inachevé ou criblés de balles ne sont pas rares.

Beyrouth-SUD (Tayouneh)

Beyrouth-SUD (Tayouneh)

Mais au détour d’un rue, on peut croiser des petits chefs d’œuvres des années 60, « on dirait des gâteaux », s’est exclamé l’autre jour mon amie Lena, et ce n’est pas faux, avec leurs couleurs pastels et leurs formes arrondies, on pourrait les dévorer.

L'immeuble gâteau

L'immeuble gâteau

Entre les barreaux de hautes grilles, on distingue quelquefois un vieux palais, dissimulé sous les rameaux d’arbres touffus. Downtown laisse place aux immeubles kitsch style années 20 et mandat français –entièrement refaits, tellement neufs qu’on se croirait à Disneyland-.

Un immeuble à Downtown

Un immeuble à Downtown

Partout le contraste du neuf et du vieux surprend le piéton qui lève un peu les yeux au ciel.

Un bunker surgi de nulle part entre les immeubles (sorry pour la qualité des photos)

Un bunker surgi de nulle part entre les immeubles (sorry pour la qualité des photos)

Beyrouth est en chantier permanent, l’immobilier est roi ici, le prix des appartements flambe, et quiconque possède un mètre de terrain a tôt fait de le vendre à un promoteur, même s’il comporte un vieux palais. Tout le monde sait que son entretien sera bien moins rentable que la construction d’un immeuble de 15 étages rempli d’appartements.

Paye ta plage

Le soir venu, Beyrouthins et Beyrouthines sont nombreux à enfourcher un scooter rapiécé, ou s’engouffrer dans un bus bondé…direction la plage. Ou plutôt la corniche, encore elle, lieu de tous les rendez-vous, et qui offre quelques rochers où l’on peut lézarder au soleil, ou encore piquer une tête dans la grande bleue.
Sauf qu’ici c’est plutôt la grande poubelle. Entre les détritus et les méduses, mieux vaut savoir nager vite et bien…

Carcasse de scooter, toujours en état de marche

Beyrouth, la corniche, les baigneurs (pour voir les détritus, il faut y être)

Beyrouth, la corniche, les baigneurs (pour voir les détritus, il faut y être)

Du coup, d’autres types de plages se sont développées par ici. Rapide passage en revue.
* Les piscines privées. Exemple : les Bains militaires à Beyrouth, (Manara). Le concept : Un complexe moderne, propre, et bien entretenu comprenant piscines, équipements sportifs, bars…. Accès à la mer possible, mais la piscine lui est préférée. Sélection par le diplôme : entrée réservée aux militaires, avocats, ingénieurs. T’es pas de la haute ? Tu rentres pas.

* Les clubs payants. Différents types, selon les moyens et les désirs. Il y a le Sports Club à Beyrouth. Entrée à 12 euros, pour des bars, des serveurs, transats et parasols, et une grande piscine d’eau fraiche et salée. Qui équivaut à la piscine municipale de Pfaffenhoffen (où l’entrée est à 2 euros). Avantage : pas de musique arabisante à plein tubes, ni de dragueurs à deux francs cinquante. Idéal pour bouquiner en paix et piquer une petite tête tranquille. Pour le sable et les palmiers, repasser. Ou bien allez dans les clubs-boîtes qui fleurissent sur la route du sud direction Saïda. Itsibistsi bikini et implants mammaires de rigueur. Bronzage parfait exigé. Entrée à 25 euros. Bars DANS la piscine, techno à fond. C’est la summerspring party en permanence. On y va pour voir et être vu. Je n’ai pas testé (j’en voie qui rigolent au fond…).

Plage publique, Jbeil. Les habitants y enlèvent les médusent avec des sachets nylons.

Plage publique, Jbeil. Les habitants y enlèvent les médusent avec des sachets nylons.

* Les plages publiques. A Beyrouth, par exemple, ou Jbeil. Sable fin sur de grandes étendues. Mais pas nettoyé depuis belle lurette. Courage, donc pour trouver une place entre un mégot et un papier gras. Transats et parasols en option. La nuit, repère pour chiens errants ou amoureux en mal d’intimité.

Jounieh, un club familial (les anciens bains militaires actually)
Jounieh, un club familial (les anciens bains militaires actually)

* Les plages privées familiales. A Jounieh, au nord de Beyrouth par exemple. Ici, chaque propriétaire d’un petit terrain en bord de mer l’a transformé en mini plage privée. Etant donnée l’étroitesse des lopins de terre et la piètre qualité de l’eau (sillonnée par les jet ski), les prix d’entrée sont modiques (3 à 6 euros). Lieu idéal pour bronzer mais souvent bondés. Sol en béton, mais sable au bord de l’eau.

* Les bords de plages cools cools. Je les appelle comme ça parce que j’aime bien et que j’arrive pas à les classer. Ce sont des clubs pas branchés mais sympathiques. On les trouve au Nord de Beyrouth, à une bonne heure de route, vers Bathroun et après. Eau cristalline, pas de méduses. Par contre, les bords de mers sont en authentiques galets qui vous facilitent les chutes. Pas l’idéal pour les manucures hypra léchées, donc. Musique 60s-70s, ambiance yéyé ou baba cool. Le soir, cela peut se transformer en lieu de beach part hypra-in. On croise des artistes, des touristes, des locaux, ou juste des Beyrouthins pas forcément show-off. Entrée modique ou gratuite. Transats et bars à l’ombre pour siroter son jus de fruits à l’ombre des feuilles de palmiers. Sous le soleil des tropiques …ou presque.

La plage cool cool

La plage cool cool

Où faire l’amour à Beyrouth ?

C’est un vrai problème.

En raison du poids des communautés religieuses,  il est convenu qu’on ne fait pas l’amour avant le mariage. Après, chacun fait ce qu’il veut. Et tente souvent de sauver les apparences. Un récent article du supplément Campus de L’Orient-Le jour explique qu’il est fréquent pour les jeunes filles ici de se faire recoudre l’hymen. Je ne trouve pas le lien, mais l’article conclue que ces jeunes vivaient sous une façade de modernité.

Et cette façade de modernité est dure à construire. Comment vivre sa vie lorsqu’on est en permanence sous le regard de sa famille ? La plupart des jeunes vivent chez leurs parents durant leurs études et mêmes après, tant qu’ils ne sont pas mariés. Pour des raisons économiques (les appartements sont chers), culturelles (le liens avec la famille est très important), sociales (il n’existe pas de logements étudiants, à part des foyers qui évidemment ne sont pas mixtes).

Pour les jeunes couples, se voir, passer une nuit ensemble peut devenir un vrai parcours du combattant. Ceux qui ont les moyens se payent un hôtel (et encore, j’ai un doute sur cette possibilité, je crois que la législation interdit aux couples mariés de prendre une chambre – à vérifier). Les autres se retrouvent….sur la corniche. Cette longue avenue côtière illuminée est le rendez-vous des amoureux, pour une promenade, une étreinte. Le soir venu, tout le monde se croise ici, loin des quartiers ghéttoisés, la corniche est le lieu pour prendre un peu d’air frais, fumer une chichah, prendre un café, discuter…à bas prix, contrairement aux bars branchés des quartiers de Gemmaiyzé ou Monnot.

Couple sur la corniche

Pour les couples qui veulent vraiment se cacher, il existe une autre corniche, au nord de Beyrouth, avant Jounieh. J’y ai fait un tour (avec un ami ! en anthropologue ! ) : c’est bien plus calme, il n’y a pas ou peu de lumières, au loin on voit les bateaux de pêche. Tous les dix mètres, un couple, enlacé. Personne ne se regarde, chacun ses affaires. Et tout le long, les voitures, pour plus, si affinités.

Roulez jeunesse

Qui a déjà mis les pieds au Liban connaît les embouteillages réguliers qui paralysent Beyrouth et les routes côtières…d’ailleurs circuler au Liban relève d’un tour de force : les voies ne sont pas délimitées, on peut se retrouver à 4 ou 5 voitures côte à côte sur ce qui ressemble à une autoroute, bien souvent traversée par des piétons, d’ailleurs.

Les priorités ? Il  n’y en a pas vraiment, c’est à celui qui klaxonne le plus fort et le plus longtemps. En gros, un coup de klaxon c’est “hey, j’arrive, tu m’as vu ? fais gaffe à moi”, deux c’est “ne bouge pas, je passe, et je ne vais pas ralentir”, trois c’est “là ça passe ou ça casse”.

Embouteillages

En ville, pour fluidifier le trafic, des feux rouges ont faire leur apparition, depuis quelques années maintenant. Mais quelque fois cela ne suffit pas, aux heures de pointe, quand les routes sont bondées, personne ne les respecte. On a donc fait appel à des petits hommes gris : des policiers chargés de la circulation. Ils ont été formés par des français, dans le cadre de à la coopération franco-libanaise en matière de sécurité intérieure. Résultat, symphonie de coups de sifflet, élégant ballet pour accorder la priorité, galanterie qui pousse ces messieurs à faire stopper une trois voie si une femme veut traverser. Mais sur les carrefours, c’est toujours la file de voitures qui klaxonne le plus fort qui est autorisée à passer, ici comme dans beaucoup d’autres domaines, la loi du plus fort l’emporte.

Policier